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Ouladnagim 22

Témoignage d’une enseignante volontaire dans l'Ecole du désert Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Mirjam Brunner   
22-08-2006
Mirjam, la première enseignante volontaires de l'école du désert d'Ouladnagim.Tombouctou, août 2006. Initialement venue à Tombouctou comme touriste, Mirjam a décidé de se porter volontaire pour enseigner dans l'Ecole du désert de la Communauté Ouladnagim. Elle nous relate ses impressions de son expérience.

Initialement, je suis venue à Tombouctou comme touriste avec deux amies. Nous avions prévu une excursion de deux jours dans le désert à dos de chameaux et nous avons donc contacté Shindouk, qu’on nous avait recommandé comme guide. 

Pendant notre excursion dans le désert, Shindouk nous a raconté qu’il est le chef d’une tribu touareg et qu’il a construit pour sa communauté un puits et une école. Il nous a expliqué que Viola, son amie suisse le soutenait dans son entreprise et qu’ainsi le projet avait déjà pu bien avancer et qu’il ne manquait désormais plus qu’un instituteur.

J’avais très envie de voir comment ces Touaregs vivent au milieu du désert et j’aime bien enseigner. Il y a trois ans, j’ai en effet enseigné durant six mois dans une école primaire au Ghana et, me disais-je, j’avais déjà acquis là-bas une certaine expérience de l’école en Afrique.

Mes amies m’ont encouragée à rester dans la communauté de Shindouk et à passer là-bas les dernières semaines de mon séjour malien. Shindouk a organisé un 4x4 et nous sommes partis le 15 juillet 2006. J’éprouvais de l’excitation et aussi un sentiment d’effroi en suivant la piste qui nous conduisait de plus en plus loin au milieu de nulle part. A chaque fois que nous parvenions au sommet d’une dune de sable, nous ne voyions rien d’autre qu’une infinité d’autres dunes, et nulle part une maison. A un moment donné, la piste s’est arrêtée et je me demandais comment le chauffeur allait savoir par où continuer.

Après plusieurs heures de voyage, j'ai tout d'un coup aperçu, perdu entre deux dunes de sables, un bâtiment en ciment: l'école du désert de la communuauté Ouladnagim. Puis, nous sommes arrivés devant une tente et Shindouk a demandé où se trouvait sa famille en ce moment. Nous avons appris qu’elle s’était dispersée dans le désert, à la recherche de fourrage pour le bétail et que seul la grand-mère et quelques membres de la famille étaient restés dans la tente permanente située aux abords du puits.

Nous y avons été chaleureusement accueillis et aussitôt on nous a préparé un thé de bienvenu. Une fille est venue m’apporter un voile et la grand-mère m’a offert une chaînette. Deux hommes sont allés tuer un mouton et la grand-mère a fait cuire du riz.

En principe, les Touaregs mangent le matin de la bouillie de mil le soir de la bouillie de mil. Ce n’est que pour les fêtes ou lorsqu’ils reçoivent des visiteurs qu’ils préparent de la viande et du riz. On m’a servi le foie, car on le considère comme le morceau de viande le plus noble.

Le lendemain les femmes ont peint mes mains au henné et ont amené du beurre de karite mêlé des herbes séchées dont on se sert pour se masser pour rester fort et en bonne santé.

C’est ainsi que j’ai été reçue dans la famille et j’ai fait de mon mieux afin de me comporter comme un membre de la famille. Mais je ne pouvais m’empêcher d’être étonnée: je savais bien que dans le désert il n’y a pas de route, pas d’électricité, et donc pas de lampe, pas de téléphone, pas de frigo etc. Mais je ne pouvais pas imaginer comment les Touaregs vivent avec absolument rien. Ils n’ont que leurs moutons, leurs chèvres et leurs chameaux, une tente, un âtre, une théière, un couscoussier et des tapis de prière. Ils n’ont ni chaises ni tables, ni lit ni papier (ni livre, ni bloc-notes, ni journaux, pas de papiers d’identité, pas de papiers de toilette, pas de calendrier,…), ni fruits, ni légumes, ni brosses à dents, ni jouets, ni montres et donc, il n’y a pas d’ordures. Leur seul luxe est un coffre à bijoux ainsi que les moustiquaires et les couvertures qu’ils ont emportées avec eux en quittant les camps de réfugiés après la fin de la rébellion à la fin des années 90.

Enseigner dans ce contexte ne peut être comparé en rien de ce que j’avais connu jusqu’à présent. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est leur immense volonté d’apprendre. Non seulement les enfants mais également les hommes adultes et les mères de 16 ans. Leur capacité de concentration est incroyable!

Quand j’arrêtais d’enseigner, on ramassait les crayons et les cahiers et on les rangeait et même après cela ils écrivaient A-B-C dans le sable et répétaient encore et encore 1-2-3!

Bien sûr j’ai aussi eu des difficultés. Personne ne parle français dans la communauté et la langue des signes est elle aussi difficile. Par exemple le mouvement pour signifier “boire” est tout-à-fait différent parce qu’ils ne boivent pas dans un verre ou dans une bouteille mais dans leur main ou dans un bol.

J’arrivais aussi à la limite de mes talents de dessinatrice. Je peux bien dessiner une maison, un poisson ou une fleur, mais ce sont des choses qu’ils ne connaissent pas, et il m’est encore plus difficile de dessiner une tente de nomade, un chameau ou du sable. Pour signifier un homme, on ne peut pas simplement dessiner un chapeau sur la tête d’un bonhomme, mais il faut faire un turban…

A cela s’ajoute le fait qu’à cette époque de l’année, les familles sont particulièrement dispersées pour trouver du fourrage. Des gens sont venus de très loin pour m’inviter à venir enseigner à leurs enfants aussi. Un jour, nous sommes allés rendre visite à quelqu’un qui vivait à plus de trois heures de chameau. Quelqu’un a voyagé un jour et une nuit pour me rencontrer et m’inviter, mais j’ai jugé que c’était trop loin. Durant la période de l’année où les familles habitent dans les tentes permanentes, le chemin de l’école sera plus court, moins d’une heure.

J’ai remarqué aussi comment les enfants doivent travailler dès l’âge de cinq ans et garder les animaux. Une fois au coucher du soleil une violente tempête de sable est tombée sur nous et il ne restait pas assez de temps pour rassembler les animaux. Le lendemain matin, seuls les filles sont venues à l’école pendant que les garçons devaient aller chercher les animaux. Ils ne sont arrivés que l’après-midi avec leurs cahiers. Une jeune fille de quinze ans avait un bébé malade et s’il avait une quinte de toux durant leurs heures de cours, elle devait y aller et voulait ensuite travailler ce qui avait été enseigné quand le bébé dormait.

Un instituteur qui veut s’en tenir aux horaires doit avoir de la patience jusqu’à ce que les élèves s’y habituent, car personne n’a de montre ici.

A l'heure de retour à Tombouctou il a fallu dire au revoir, ce qui nous était difficile. La jeune mère de quinze ans est montée dans la voiture avec son bébé. Shindouk m’a expliqué que deux bébés sont récemment morts au campement suite à une maladie. Il se demandait sic et enfant aurait connu le même sort s’il n’avait pas pu être transporté à l’hôpital de Tombouctou. Au bout de quatre heures de voyage, nous sommes arrivés près d’un arbre où attendait une famille depuis une semaine dans l’espoir que nous pouvions prendre leur grand-mère malade pour l’emmener à l’hôpital de Tombouctou. Elle est montée dans la voiture. Elle a caché son visage dernière son voile. Elle tremblait de peur, car dans toute sa vie elle n’était jamais montée dans une voiture.  

Je n’oublierai jamais les semaines que j’ai passées avec ces Touaregs aux visages radieux dotés d’une inépuisable soif de connaissance, dans le calme, loin du bruit des voitures et des radios. Si les frais de transports n’étaient pas si affreusement élevés j’y retournerais tout de suite. Mais il faut louer une voiture pour un jour et payer l’essence pour une course aller-retour. De plus, il faut fixer exactement la date à laquelle le chauffeur doit revenir nous rechercher, car personne ne passe ici par hasard et le téléphone le plus proche se trouve à deux jours de chameau! Avec l’argent nécessaire pour deux allers-retours au campement, je peux financer le salaire d’un instituteur pour une année.

Mirjam Brunner, traduction française Christine Clerc (ICVolontaires)

Dernière mise à jour : ( 22-10-2006 )
 
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